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Mariage et dot au Bénin : des valeurs qui disparaissent

Des couples sans socle en effondrement

Au Bénin et dans les sociétés africaines, la dot représente le socle de toute union conduisant à la vie conjugale. Au Bénin, elle témoigne de l’affection qu’un homme éprouve pour une femme qu’il souhaite avoir sous son toit comme épouse. Bien que l’inverse soit possible, dans la tradition africaine, cette représentation matérielle constitue le pont reliant les deux familles, celle de l’époux et celle de l’épouse.

Elle représente l’acceptation de la famille de la future épouse à concéder la main de sa fille à l’homme qui entend l’épouser. En Afrique et au Bénin, ne dit-on pas que « C’est la famille qu’on épouse » ? Cette expression souvent entendue dans la société béninoise n’est pas anodine. Elle traduit la valeur et le poids de cette pratique ancestrale qui rassemble les familles du futur couple.

Portée de la dot et son fondement

Jadis, la dot représentait le pacte de tout mariage dans les sociétés africaines. Elle intervenait pour sceller l’union des futurs mariés, consacrait la main de la femme à son époux et rapprochait les deux familles.

Du point de vue spirituel, la dot était considérée comme un acte plaçant le nouveau couple sous la protection des divinités tutélaires et des ancêtres des deux familles. Dans la société, une femme dotée était perçue comme un modèle. Elle inspirait la fidélité et suscitait une attention particulière auprès de sa belle-famille.

De par ce geste, elle sauvegardait la dignité et la renommée de sa famille aux yeux de la société et de la famille de son époux. Pour l’homme, la dot rendait légitime son union avec la femme et lui accordait une place particulière au sein de sa belle-famille.

La dot intervenait généralement après une période de fiançailles. Durant cette période, souvent les soirs, l’homme rendait visite à celle dont il entendait demander la main, celle pour qui il disait éprouver une certaine affection.

Cette période permettait également à l’homme et à la femme de se découvrir et de mieux se connaître, même si cela ne pouvait être que dans une certaine mesure. Ainsi, les couples pouvaient mieux se préparer à affronter les difficultés de la vie conjugale et à inscrire leur union dans la durée.

La dot, une valeur ignorée, une génération en déperdition !

Aujourd’hui, une partie de la génération actuelle semble s’écarter de cette pratique ancestrale. La réalité contemporaine contraste fortement avec certaines habitudes du passé. Les périodes de fréquentation et de découverte mutuelle semblent parfois plus courtes, alors que les unions se multiplient dans la société.

Le manque de connaissance de la signification traditionnelle de la dot chez certains jeunes constitue également une source de préoccupation. Des couples se forment parfois sans véritable préparation familiale et sociale, ce qui peut fragiliser leur union.

Dans certaines situations, à la moindre difficulté, des phrases comme « M’as-tu doté ? Combien as-tu dépensé sur moi pour me faire des histoires ? » peuvent être entendues. Ces tensions peuvent contribuer à dégrader les relations au sein du couple et à créer un climat d’incertitude.

Pour certains observateurs, la question n’est donc pas seulement celle de la célébration de la dot, mais aussi celle de la préparation, du dialogue et de l’implication des familles dans la construction du foyer.

Dot, vente ou mise en esclavage de la femme ?

Autrefois, cette pratique ancestrale qu’est la dot relevait principalement d’un acte symbolique destiné à sceller l’alliance entre les familles des deux mariés.

Elle pouvait généralement être constituée de colas, de piment de Guinée, de petit-colas, de sel, de certaines boissons, parfois de tissus, d’animaux ou de volailles spécifiques et d’enveloppes contenant une somme d’argent accessible aux familles. Les éléments variaient toutefois d’un pays à l’autre, d’une région à une autre, d’une communauté à une autre et même selon les familles.

De nos jours, certains observateurs estiment que la dot tend parfois à perdre son caractère symbolique lorsque les exigences matérielles deviennent excessives. Dans certaines familles, la liste des produits et autres éléments demandés peut devenir très lourde pour le futur époux.

Cette situation peut conduire certains jeunes à fuir cette responsabilité conjugale et familiale. Lorsque les dépenses liées à la cérémonie deviennent trop importantes, le futur couple peut également commencer sa vie avec des dettes et des difficultés financières.

Dans certaines communautés religieuses, la manière dont la dot est organisée peut également varier. Ces différences montrent l’importance du dialogue entre les familles, les communautés et les responsables concernés afin de préserver le caractère culturel et symbolique de cette pratique.

Lorsque les charges financières deviennent trop lourdes, les conséquences peuvent se faire sentir au sein du couple. Se nourrir, se soigner et répondre aux autres besoins sociaux peuvent devenir plus difficiles. L’harmonie du foyer peut alors être fragilisée et les tensions s’installer progressivement.

Se recoller à la racine

La jeunesse doit, selon l’auteur, repartir à la source afin de fonder des foyers plus résistants et pérennes, au risque de toujours confirmer la sagesse africaine selon laquelle : « La rivière qui renonce à sa source ne peut que se tarir ».

Avec la reconnaissance de la chefferie traditionnelle, il devient important que les gardiens des valeurs ancestrales africaines prennent leur responsabilité afin de répertorier les composants de la dot d’une région à une autre, jusqu’au niveau familial.

Cette démarche permettrait de préserver le caractère symbolique de la dot et d’éviter que cette pratique ne devienne une charge financière excessive pour les jeunes couples.

Au-delà de la dot elle-même, la solidité d’un mariage repose également sur le respect mutuel, le dialogue, la responsabilité, la confiance et l’implication des familles. Préserver les traditions ne signifie donc pas nécessairement refuser la modernité, mais plutôt chercher à transmettre ce qu’elles ont de plus précieux tout en les adaptant aux réalités de la société contemporaine.

Jérôme Tagnon

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