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École béninoise : l’ancien inspecteur GBÉDÉDJI interpelle sur le sort des AME

École béninoise : l’ancien inspecteur GBÉDÉDJI interpelle sur le sort des AME

La question de la titularisation et de la valorisation des enseignants en poste dans les établissements publics continue de susciter des réactions. Dans une prise de position nourrie par son expérience d’ancien inspecteur, GBÉDÉDJI livre une analyse qui dépasse la seule revendication salariale. Son message pose une question plus profonde : quel avenir pour l’école béninoise si une partie importante de ceux qui la font fonctionner demeure durablement dans la précarité ?

« S’ils deviennent FE, cela provoquerait-il un abattement de votre salaire ? » C’est par cette interrogation directe que l’ancien inspecteur interpelle ceux qui pourraient percevoir la transformation du statut des enseignants contractuels comme une menace pour leurs propres intérêts.

Loin d’une défense corporatiste, GBÉDÉDJI revendique une position fondée sur l’humanisme, la fraternité et l’empathie. Il rappelle que son plaidoyer ne procède d’aucun intérêt familial particulier, affirmant n’avoir « ni enfants, ni cousins, ni nul membre de sa famille » parmi les AME. Son argument est donc présenté comme une réflexion sur l’équité et sur l’avenir du système éducatif béninois.

Des « aspirants » devenus des professionnels aguerris

Le cœur de son analyse réside dans la perception que l’administration et la société ont encore des enseignants AME. Pour l’ancien inspecteur, continuer à les qualifier « d’aspirants » ne correspond plus à la réalité de leur parcours professionnel.

Après plusieurs années passées dans les salles de classe, ces enseignants auraient, selon lui, acquis une expérience pédagogique significative. Confrontés aux difficultés du métier, aux surcharges horaires et à des conditions de rémunération longtemps jugées insuffisantes, ils auraient progressivement développé les compétences nécessaires à l’exercice de leur profession.

Cette évolution conduit GBÉDÉDJI à considérer les AME comme des « enseignants accomplis », dont l’expérience mérite désormais d’être reconnue et valorisée.

L’argument est d’autant plus significatif que l’ancien inspecteur situe cette expérience dans la durée. Les enseignants aujourd’hui concernés ne seraient plus des débutants découvrant le métier, mais des professionnels qui ont progressivement maîtrisé ses exigences, ses contraintes et ses réalités quotidiennes.

Une majorité appelée à porter l’avenir de l’école

Au-delà de la situation individuelle des enseignants, le plaidoyer pose une question stratégique pour le système éducatif. Selon GBÉDÉDJI, les FE actuellement en activité représentent une minorité et nombre d’entre eux se rapprochent de la retraite.

Dans cette perspective, les AME sont appelés à occuper une place croissante dans les collèges et lycées. Leur intégration durable dans le dispositif éducatif ne serait donc pas uniquement une mesure sociale. Elle constituerait également, selon l’ancien inspecteur, une réponse à une nécessité de renouvellement des ressources humaines de l’école béninoise.

La question devient alors celle de la préparation de l’avenir. Si les enseignants AME sont appelés à assurer une part importante de la relève, leur professionnalisation, leur formation continue et l’amélioration de leurs conditions de travail apparaissent comme des enjeux qui dépassent leurs revendications individuelles.

La fin nécessaire d’une fracture au sein des établissements

L’autre aspect majeur de cette prise de position concerne la coexistence de différentes catégories d’enseignants au sein des mêmes établissements.

Pour GBÉDÉDJI, cette différenciation statutaire alimente un malaise qui ne peut être ignoré. Deux enseignants peuvent exercer les mêmes missions pédagogiques, assumer des responsabilités similaires devant les élèves et pourtant évoluer dans des conditions professionnelles différentes.

C’est cette situation qu’il décrit comme une « fracture sociale » au sein des établissements scolaires.

Or, dans une institution dont la mission première est de transmettre les savoirs, de former les citoyens et de promouvoir l’égalité des chances, la persistance d’un sentiment de déclassement chez une catégorie d’enseignants peut fragiliser la cohésion professionnelle.

La question de la valorisation des AME apparaît ainsi comme un enjeu de justice sociale, mais aussi comme une question de gouvernance éducative.

Les insuffisances ne doivent pas masquer les progrès

L’ancien inspecteur ne verse toutefois pas dans une défense sans nuance. Il reconnaît l’existence de certaines insuffisances, notamment dans l’enseignement des mathématiques, où il estime que des formations spécifiques pourraient être organisées au profit des AME.

Cette réserve donne une dimension particulière à son argumentaire. La reconnaissance professionnelle ne signifie pas, selon cette approche, l’absence d’exigence. Elle doit au contraire s’accompagner d’un renforcement des compétences.

Autrement dit, titulariser ou valoriser davantage les enseignants ne devrait pas dispenser l’État de poursuivre l’évaluation, la formation et l’accompagnement pédagogique. La professionnalisation durable suppose à la fois reconnaissance et exigence.

Un plaidoyer pour une réforme fondée sur l’équité

Au fond, le message de GBÉDÉDJI invite à dépasser l’opposition entre FE et AME. La véritable question serait moins de savoir quelle catégorie doit prendre le dessus que de déterminer comment construire une fonction enseignante plus cohérente, plus équitable et plus efficace.

Son propos rappelle également une réalité fondamentale : l’école ne peut être meilleure que les conditions dans lesquelles travaillent ceux qui la font vivre.

La valorisation des AME, si elle devait être engagée, ne devrait donc pas être pensée comme un simple avantage accordé à une catégorie professionnelle. Elle pourrait être envisagée comme un investissement dans la stabilité du système éducatif, à condition qu’elle soit accompagnée de mécanismes transparents d’évaluation, de formation et de progression de carrière.

En rappelant que « nul ne détient la science infuse », l’ancien inspecteur place finalement le débat sur un terrain constructif. Reconnaître les acquis des enseignants n’empêche pas de corriger leurs insuffisances. Exiger davantage d’eux ne devrait pas non plus conduire à nier les années d’expérience accumulées.

Entre reconnaissance professionnelle, exigence pédagogique et équité statutaire, le débat sur l’avenir des AME pose donc une question essentielle : quelle place la République veut-elle accorder à ceux qui, depuis plusieurs années, contribuent quotidiennement à former les générations futures ?

C’est sur cette interrogation que le plaidoyer de l’inspecteur GBÉDÉDJI prend toute sa portée.

Opinion Plurielle

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